LE DEBUT DE LA "CRISE MONDIALE"

SUBPRIMES ? OU LA CHUTE DE L'EMPIRE DES DETTES ?

Début 2008, la dette publique des Etats-Unis se monte à environ 9,5 billions de dollars (+ 600 milliards chaque année ou 1,7 milliard chaque jour*), ce qui représente environ 65 % du PIB annuel, soit proportionnellement moins que la France (dette publique française : 1,4 billion d'euros ou 2,2 billions de dollars). La dette publique US s'élève à 32.000 dollars par habitant, la dette publique française à 35.000 dollars. De ce côté-là, la France a donc déjà dépassé le niveau américain (même chose pour l'Allemagne). On notera que le volume "astronomique" de la dette publique est tout relatif quand on le compare aux 500 billions de dollars de la bulle des dérivés (qui ne demande qu'a exploser également).
* C'est un peu moins que les dépenses militaires (700 milliards de dollars par an ou 2 milliards par jour)

Pour ce qui est de la dette extérieure (publique + privée), la situation est tout à fait différente (déficit accumulé de 13 billions de dollars, soit environ 85 % du PIB annuel, aux Etats-Unis ; léger excédent en France). Dans des conditions normales, lorsqu'un pays accumule les déficits extérieurs, sa monnaie ne tarde pas à en pâtir. Dans le cas des USA, il a fallu attendre assez longtemps avant que ce principe ne se vérifie. En effet, le dollar étant une monnaie de réserve, et pour beaucoup une monnaie refuge, le monde entier, en effectuant des placements ou des investissements aux USA, contribue à rétablir l'équilibre et à cacher le déficit extérieur permanent. La Chine, à elle seule, y contribue pour 10 % (excédent de 1.300 milliards de dollars) mais la part des détenteurs de pétro-dollars est bien plus élevée.

L'endettement des ménages aux USA totalise 14 billions de dollars, soit 47.000 dollars par habitant (trois fois plus qu'en France). On encourage systématiquement les Américains à s'endetter, surtout dans l'immobilier bien sûr, mais aussi dans le domaine du crédit à la consommation, quitte à les saigner à blanc lorsqu'ils ne sont plus assez solvables (par exemple parce que les taux relativement avantageux au départ, augmentent très rapidement). La crise des "subprimes" vient de là. Le mot "subprimes" est d'ailleurs un euphémisme qui désigne les débiteurs dont le standing n'est pas de premier ordre (prime debtors) mais moindre (sub). En matière de crédit à la consommation, le mode d'endettement le plus courant aux Etats-Unis est le découvert lié à l'utilisation d'une carte de crédit (c'est aussi le plus cher). 50 millions de détenteurs de cartes de crédit doivent un total de 600 milliards de dollars* (12.000 dollars chacun, en moyenne). Et il existe encore d'autres formes de crédit personnel, souvent inconnues ailleurs, par exemple le crédit étudiant qui permet de payer ses frais d'études (en moyenne, plus de 40.000 dollars par emprunteur). Toutes ces bulles de crédit ne demandent qu'à éclater...
* Selon des données de juillet 2008, ce chiffre serait entre-temps passé à un billion de dollars (1.000 milliards).

L'endettement des ménages a doublé depuis 2002, triplé depuis 1995, quadruplé depuis 1991

L'augmentation vertigineuse de la dette des ménages a injecté dans l'économie américaine une masse de liquidités qui a permis de maintenir artificiellement la croissance à un niveau élevé. Les particuliers croyaient s'enrichir grâce à l'immobilier ; en réalité, ils s'appauvrissaient.
Par exemple, une famille empruntait 400.000 dollars afin de s'acheter une maison en valant 500.000. Trois ou quatre ans plus tard, la valeur du bien étant passé à 750.000 dollars, le banquier encourageait ses clients à emprunter 200.000 dollars de plus pour s'offrir, disons, une grosse voiture, des biens de consommation, un voyage autour du monde ou les frais d'études des enfants. Avec une hypothèque supplémentaire, aucun problème... Et puis, quelque temps plus tard, l'immobilier plonge, le banquier demande à son client de rembourser plus vite ou de fournir de nouvelles sûretés, il augmente ses taux - normal puisque l'emprunteur est moins solvable. C'est le début de la catastrophe, surtout si le client vient à perdre son emploi. Finalement, la famille se retrouve à la rue, les mains vides... Le banquier, le promoteur immobilier, le marchand de 4x4 et tous les autres gonfleurs de PIB, eux, ont fait des affaires en or. Malgré la mauvaise conjoncture, ils ont le temps de voir venir en attendant la prochaine bulle.
La dette des entreprises américaines, qui provient principalement de crédits bancaires ou d'emprunts obligataires des grandes compagnies sur le marché financier, s'élève à environ 12 billions de dollars.
En additionnant dette publique, dette des ménages et dette des entreprises, on arrive à un total de 36 billions de dollars environ (dont 13 billions vis-à-vis de l'étranger). Il s'agit là de la dette concrète et palpable, résultant d'opérations réelles. Si l'on voulait y ajouter l'endettement net provenant de transactions purement financières et spéculatives, impossibles à chiffrer de manière réaliste, nul ne sait à quel total on arriverait.
On cite souvent le chiffre de 50 billions lorsqu'il est question de l'endettement global des USA, la dette du secteur financier y figurant pour 14 billions. Mais comme ce dernier chiffre est un minimum absolument arbitraire, le total général pourrait aussi bien être 2, 3 ou 10 fois plus élevé (à comparer au PIB annuel d'environ 15 billions de dollars). 50 billions de dollars répartis sur 300 millions d'habitants, cela donne 167.000 dollars par tête. Le fardeau effectif est peut-être de 300.000 ou 500.000 ou 1.000.000 de dollars par habitant - qui sait ?...
Lorsque la crise éclatera pour de bon et que le niveau réel d'endettement sera révélé, il y aura nécessairement une coupe brutale (et pas seulement aux Etats-Unis). L'annulation d'une grande partie de la dette financière ruinera de très larges couches de la population (les fameuses "classes moyennes"), les faillites se multiplieront, l'Etat et les collectivités locales deviendront à leur tour insolvables, entraînant sans doute l'effacement ou le gel de leur dette. Une chose est certaine : on ne fera pas de cadeaux aux "ménages", leur dette ne sera certainement pas annulée, ils seront les seuls à faire les frais de la crise - du moins 90 % ou 95 % d'entre eux. Il suffit de voir ce qui s'est passé en Argentine en 2001-2002 et d'élever le tout à la puissance 10.* Les vraies "réformes libérales" n'ont pas encore eu lieu.


CHRONOLOGIE DE LA CRISE

15 mars 2007 : Faillite de New Century Financial, une société spécialisée dans le crédit hypothécaire "subprime". Ce n'est pas la première faillite de ce genre, mais la plus importante. Auparavant, il y a déjà eu ResMae, Fremont General et une trentaine d'autres cas. Les subprimes sont des crédits qui n'auraient jamais dû être accordés, car les débiteurs, souvent très modestes, n'ont pas la "surface" financière voulue.* Un remboursement normal n'est possible que si les revenus de l'acheteur ne chutent pas pour cause de perte d'emploi, et si le taux d'intérêt relativement avantageux garanti au départ pour deux ans, n'augmente pas sensiblement dès que cette période est écoulée. Deux conditions difficiles, sinon impossibles à réaliser. En cas de liquidation forcée au moment où la bulle de l'immobilier se dégonfle, le bien hypothéqué se déprécie fortement et une vente ne rapporte plus assez pour compenser les dettes. Des millions d'Américains sont tombés dans ce piège.

* Avant de précipiter ses clients dans la misère, le marchand d'hypothèques n'a pas manqué de jouer le philanthrope qui permet à des Américains pauvres de se hisser au-dessus de leur condition en accédant à la propriété (argument standard de ces bonimenteurs).

13 juin 2007 : Dans le Washington Post, Steven Pearlstein et Robert Samuelson (journalistes proches des milieux de la haute finance) écrivent que "le crash de l'économie américaine a commencé" et annoncent "la fin du crédit bon marché". (Pour l'Américain moyen, le crédit n'a jamais été "bon marché". La menace de Pearlstein-Samuelson rappelle un peu l'avertissement lancé aux automobilistes, comme quoi le prix de l'essence ne restera pas longtemps au niveau "ridiculement bas" auquel il se trouve aujourd'hui. Gageons que les deux journalistes n'ont pas de problèmes de crédit lorsqu'ils veulent s'acheter une villa dans les Hamptons.)

25 juin 2007 : La Banque des Règlements Internationaux, banque des banques centrales, localisée en Suisse bien sur, met en garde contre les dangers d'une nouvelle Grande Dépression comparable à celle des années 1930.

Début août 2007 : La banque WestLB de Düsseldorf annonce 2 milliards d'euros de pertes en rapport avec les subprimes américains. D'autres banques allemandes (SachsenLB, IKB) sont également touchées. Aux Etats-Unis, American Home Mortgage Investment, organisme de refinancement des prêts hypothécaires, fait faillite. Countrywide Financial est en difficulté.

10 août 2007 : Intervention des banques centrales pour contrer le manque de liquidités dû à la crise de l'immobilier américain. La BCE injecte 156 milliards d'euros en deux jours, la Fed 38 milliards de dollars. La banque centrale japonaise intervient également.

14 septembre 2007 : La banque anglaise Northern Rock, victime de la crise hypothécaire, est sauvée de justesse par la Banque d'Angleterre. Elle sera nationalisée quelque temps plus tard (on nationalise les pertes, on privatise les gains). Le sauvetage coûtera 26 milliards de livres au contribuable britannique (33 milliards d'euros).

19 novembre 2007 : Citigroup annonce, pour le 4ème trimestre 2007, des pertes de 18 milliards de dollars, résultant de crédits hypothécaires défaillants. Au 3ème trimestre, la banque avait déjà enregistré des pertes de 6,5 milliards.

10 décembre 2007 : La banque suisse UBS annonce 10 milliards de francs suisses de pertes, qui font suite à 4,2 milliards. On parle même d'un total de 60 milliards. Ces pertes proviennent de l'immobilier et des dérivés. (1 franc suisse = 1 dollar = 0,65 euro.)

12 décembre 2007 : La Fed et d'autres banques centrales mettent 65 milliards de dollars à la disposition du marché pour pallier au manque de liquidités consécutif à la crise des crédits hypothécaires.

25 janvier 2008 : La Société Générale annonce une perte de 5 milliards d'euros à la suite de spéculations illégales d'un de ses employés.

11 mars 2008 : La Fed (seule) met 200 milliards de dollars de liquidités dans le circuit et accepte "en couverture" des titres à risque dont personne ne veut.

14 mars 2008 : Un fonds de placement contrôlé par le Carlyle Group (la banque d'affaires des familles Bush et Ben Laden) doit cesser ses activités après que le milliardaire Larry Silverstein ait retiré sa mise (14 milliards de dollars).

17 mars 2008 : la banque d'affaires Bear Stearns, au bord de la faillite, est reprise par JPMorgan Chase pour une bouchée de pain (un pour cent de la valeur boursière au 1er mars), avec de l'argent prêté par la Fed. Trois jours auparavant, le banquier Alan Schwartz, PDG de Bear Stearns, disait qu'il n'y avait rien à craindre. Pour faciliter la reprise, la Fed garantit les subprimes et autres créances douteuses de la banque à hauteur de 30 milliards. Excellente affaire pour les principaux protagonistes de ce drame (y compris pour le PDG de la banque coulée). Malheureusement, on ne peut pas en dire autant des emprunteurs qui ont perdu leur maison, ni des millers de salariés à présent sans emploi. Déjà, en juin 2007, deux hedge funds gérés par Bear Stearns s'étaient effondrés - sans aucune conséquence négative pour les responsables.
Commentaire amusé du milliardaire américain Jim Rogers, cité par le Financial Times Deutschland : "C'est la Fed qui finance les Maserati des banquiers de Wall Street."

18 mars 2008 : Josef Ackermann, PDG de la Deutsche Bank, déclare que les banques ne pourront pas s'en tirer seules, et réclame l'intervention du gouvernement. Comme lui, beaucoup de partisans du "néolibéralisme", du "laissez-faire" et du "marché libre" exigent maintenant l'aide active de l'Etat pour réparer les dégâts qu'ils ont causés. (En 2007, Ackermann a gagné 14 millions d'euros - et ce, dans un pays où le SMIC n'existe pas et où des salaires horaires de 4 ou 5 euros sont tout à fait courants. 14 millions annuels correspondent à 7.300 euros de l'heure. Mais ce salaire, sans doute légèrement supérieur au vôtre, n'est encore rien en comparaison de celui des patrons de hedge funds).
Capitalisme à doctrine variable - L'Etat au service des banques ou de l'intérêt général ?

20 mars 2008 : aux USA et en Grande-Bretagne, il est question de mettre en place un "plan de sauvetage" qui consisterait à "racheter" aux banques leurs créances dépréciées - à la valeur nominale, cela va de soi. Avec cet apport de fonds publics (environ 3.000 milliards de dollars si l'on en croit Paul Krugman, économiste écrivant pour le New York Times), les miraculés de la haute finance pourraient se lancer dans une nouvelle bulle spéculative. En fait, ils le font déjà, comme on peut le constater avec la hausse des cours du pétrole, des céréales, de l'or, de l'euro et de quelques autres monnaies.

2 avril 2008 : 12 milliards de francs suisses de pertes supplémentaires pour l'UBS (pour le premier trimestre 2008).

3 avril 2008 : la WestLB allemande (banque des caisses d'épargne publiques de l'ouest du pays) se voit octroyer par l'Etat un "parapluie risques" de 23 milliards d'euros afin d'effacer ses créances douteuses (huit mois plus tôt, on en était encore à 2 milliards). Le nouveau PDG, après avoir avoir annoncé des licenciements, déclare que la banque est à la recherche de nouvelles opportunités financières - les prochaines pertes sont pour ainsi dire déjà programmées. De son côté, la BayernLB (pendant bavarois de la WestLB) signale des dépréciations de plus de 4 milliards d'euros dans ses actifs. Bien que faisant encore partie du secteur public, ces banques se comportent de manière aussi irresponsable que les établissements privés.
Tout cela n'empêche pas les apprentis-sorciers de la finance de prêcher la modération et la retenue. Quelques jours plus tôt, l'association patronale des banques avait vivement critiqué l'intention du gouvernement allemand d'augmenter les retraites de 1,1 % le 1er juillet prochain.

9 avril 2008 : selon le Canard enchaîné, le Fonds de Réserve des Retraites géré par la Caisse des Dépôts et Consignations, vient de perdre 3,1 milliards d'euros suite à un placement boursier malheureux.

15 avril 2008 : encore 10 milliards de dollars de pertes pour Citigroup et 5 milliards pour Merrill Lynch. Citigroup a besoin d'argent frais et cherche un repreneur pour son réseau bancaire allemand, de même que pour sa filiale Diners Club (cartes de crédit). La Deutsche Bank, de son côté, s'efforce de faire disparaître de son bilan pour 35 milliards d'euros de créances douteuses.

18 avril 2008 : avec l'aide du Trésor (c'est-à-dire du contribuable), la Banque d'Angleterre se prépare à insuffler 50 milliards de livres (63 milliards d'euros) aux banques en difficulté (Royal Bank of Scotland, Barclays et quelques autres). L'aide prendra la forme d'un échange de créances douteuses contre des obligations garanties par l'Etat.

21 avril 2008 : la Bank of America annonce 6 milliards de dollars de pertes dans le domaine du crédit à la consommation (automobiles, cartes de crédit). C'est le deuxième point faible des banques américaines après le subprime hypothécaire. Pratiquement tous les établissements bancaires doivent trouver d'urgence des capitaux afin de ramener à un niveau acceptable leur ratio de solvabilité mis à mal par la découverte quasi-quotidienne de nouveaux risques de crédit.

24 avril 2008 : dépréciations d'actifs de 5,2 milliards de dollars pour le Crédit Suisse, qui viennent s'ajouter aux 3 milliards de 2007.

25 avril 2008 : le bruit court que Fannie Mae et Freddie Mac, les deux principales sociétés américaines de crédit immobilier, sont menacées d'insolvabilité. Le gouvernement serait prêt à intervenir, ce qui pourrait coûter au contribuable entre 420 et 1.100 milliards de dollars.

2 mai 2008 : la Fed, la Banque Centrale Européenne et la Banque Nationale Suisse annoncent leur intention de mettre 82 milliards de dollars supplémentaires (55 milliards d'euros) à la disposition du système bancaire.

5 mai 2008 : le pyromane Ben Shalom Bernanke crie au feu. A son avis, la crise immobilière américaine risque de déboucher sur une crise économique. Quelle perspicacité !... Le chef de la Fed vient de s'apercevoir que dans le pays le plus riche du monde, des millions d'expulsions sont en cours. 18 millions de maisons individuelles sont vides et invendables, donnant à des quartiers entiers des allures de villes fantômes.

21 mai 2008 : l'Institute of International Finance, un organisme présidé par Josef Ackermann (Deutsche Bank) et rassemblant plus de 300 établissements bancaires et financiers, vient de demander l'assouplissement des règles en vigueur, afin de permettre aux banques de comptabiliser leurs actifs dépréciés à la valeur qu'ils avaient avant la crise. De cette manière, la course à l'argent frais s'en trouverait freinée (et l'effondrement final retardé). C'est le contraire de la "surveillance accrue" que réclament certains politiciens (qui savent pertinemment qu'elle n'est pas possible sans changement radical de système). Avec la méthode Ackermann, pour combattre la canicule, il suffirait de modifier les thermomètres et tous les problèmes disparaîtraient.

22 mai 2008 : la presse financière américaine (notamment Bloomberg) signale un nouvel aspect de la crise, tout à fait catastrophique pour les épargnants. Il s'agit de l'effondrement des auction-rate bonds, des titres obligataires dont le taux d'intérêt, au lieu d'être fixé à l'avance, est déterminé aux enchères (c'est l'acheteur qui accepte le taux le plus bas qui l'emporte). Le client à qui un banquier ou courtier peu scrupuleux a refilé ces obligations, ignore généralement ce qu'il y a derrière et qui sont les débiteurs (par exemple : des communes qui peuvent devenir insolvables à tout moment si la crise s'étend, ou des étudiants dans l'incapacité de rembourser leurs crédits, ou n'importe quels autres emprunteurs en difficulté). Le marché des auction-rate bonds existe depuis un quinzaine d'années ; en 2004, il représentait un volume de 200 milliards de dollars (aujourd'hui probablement davantage).
Le propre de ces auction-rate bonds, c'est qu'ils ne se négocient pas en bourse. Et depuis peu, rien ne va plus ; les titres sont devenus invendables. Bloomberg cite le cas d'une dame qui s'est vu conseiller, en janvier 2008, l'achat de 275.000 dollars de ces bonds. Son argent, qu'elle venait d'hériter, est à présent bloqué indéfiniment. Il n'a pas disparu mais c'est tout comme ; en tout cas, elle ne peut plus payer les études de ses enfants.
Une autre cliente a perdu 200.000 dollars. Agée de 72 ans, elle les avait placés en prévision de sa retraite, qu'elle comptait prendre prochainement ! Travailler plus longtemps pour se faire voler plus... Vive la retraite à 90 ans pour tout le monde (sauf les banksters: politiciens et hommes d'affaires).

23 mai 2008 : la crise financière ne touche pas seulement les USA et l'Union européenne. L'Islande, petit pays de 300.000 habitants, est frappée de plein fouet. Depuis quelques années, ses banques spéculent autant que les grands de Wall Street ou de la City. La Landsbanki Islands et la Kaupthing Bank, "conseillées" par des hedge funds, ont emprunté à tour de bras et se sont mises à financer des acquisitions d'entreprises à travers toute l'Europe, brassant ainsi un volume représentant neuf fois le PIB du pays (lequel est d'environ 13 milliards de dollars). Entre-temps, les deux banques sont au bord de la faillite, mais la banque centrale est bien trop faible pour les aider. La couronne islandaise a perdu un quart de sa valeur depuis janvier ; l'inflation officielle est de l'ordre de 12 %. Il a donc fallu que les banques centrales scandinaves se cotisent pour faire parvenir aux Islandais 2,4 milliards de dollars. (A l'échelle de la France, cela correspond à 500 milliards ; à l'échelle des USA, à 2.400 milliards !) L'aide apportée sera peut-être suffisante dans un premier temps pour calmer l'appétit des fonds vautours, mais on ne serait pas étonné d'apprendre que les besoins réels représentent un multiple de cette somme.

4 juin 2008 : d'après le Financial Times, un changement des règles comptables serait en préparation aux USA, qui obligerait les banques à faire figurer dans leurs bilans pour 5.000 milliards de dollars de "véhicules financiers" actuellement externalisés. Cette mesure, qui entraînerait pour la plupart des établissements de crédit une nouvelle dégradation de leur ratio de solvabilité, va à l'encontre de la "méthode Ackermann". Et elle ne touche de toute façon qu'une infime partie des risques potentiels générés par la bulle des dérivés, qui est 100 fois plus importante - voir plus haut.
Quoi que fassent les autorités - qu'elles s'enfouissent la tête dans le sable ou qu'elles jouent très timidement la carte de la transparence -, une solution n'est pas en vue. Pour préserver le système bancaire du désastre, il faudrait stopper immédiatement toute forme de spéculation, geler tous les dérivés et autres instruments financiers, garantir les dépôts de la clientèle privée et commerciale, et repartir à zéro. Autant dire, nationaliser la finance et exproprier l'oligarchie. L'oligarchie, elle, a d'autres plans : exproprier le reste du monde et s'emparer de tout ce qui ne lui appartient pas encore.

14 juin 2008 : Lehman Brothers annonce 3 milliards de dollars de pertes pour le trimestre écoulé. Si l'on en croit certaines rumeurs, la banque serait sérieusement menacée. D'un autre côté, il est probable qu'elle ne subira pas le sort de Bear Stearns, car son PDG, Richard Fuld, est membre du conseil d'administration de la filiale new-yorkaise de la Réserve Fédérale. Fuld est un milliardaire qui a su profiter (en toute impunité) de ses connaissances d'initié. En 2006-2007, il a vendu pour 320 millions de dollars d'actions Lehman, alors que le cours était à son maximum. Sa position à la tête de la banque lui permettait bien entendu de savoir ce qui se préparait. Et comme Fuld a dû conserver un petit reliquat de titres d'une valeur de 100 millions, son autre job (à la Fed) va s'avérer très utile pour limiter d'éventuels dégâts.
* Pas de sa faute, il aurait pu être mongol ou guatémaltèque (mais il ne serait pas devenu milliardaire).

1er juillet 2008 : nouvelle pertes pour l'UBS, la banque européenne la plus touchée. En un an, elle a dû faire face à 40 milliards de francs suisses de dépréciations (25 milliards d'euros).

11 juillet 2008 : faillite de la banque hypothécaire californienne Indymac (32 milliards de dollars d'actifs dévalorisés). Les dépôts de la clientèle devraient être pris en charge par le fonds de garantie bancaire FDIC, ce qui coûterait à cet organisme la modique somme de 8 milliards. En tout, le FDIC dispose de 53 milliards - c'est peu pour garantir 4.000 milliards de dépôts.
Quasi-faillite également de Fannie Mae et Freddie Mac. Ces deux établissements privés qui refinancent près de la moitié des prêts immobiliers aux Etats-Unis, soit 5.300 milliards de dollars, vont faire l'objet d'un "plan de sauvetage" à l'aide de fonds publics. Comme toujours, l'Etat providence vole au secours du grand capital. A l'origine, Fannie et Freddie étaient des établissements financiers publics (Government sponsored enterprises). Fondés en 1938 dans le cadre du New Deal du président Roosevelt, afin de permettre aux familles modestes d'acquérir leur maison, ils furent privatisés en 1968 et perdirent leur caractère social. En revanche, leurs privilèges fiscaux et comptables furent maintenus, de même que la possibilité de se procurer des liquidités à bon compte auprès de la Fed - le tout, bien entendu, pour le seul profit des actionnaires privés.

17 juillet 2008 : la banque américaine Merrill Lynch annonce pour 5 milliards de dollars de pertes supplémentaires. Citigroup, de son côté, affiche un nouveau trou de 7 milliards, soit plus de 40 milliards en tout en un an. Le numéro un de la finance mondiale aurait réussi entre-temps à se procurer suffisamment de capitaux frais, notamment grâce à la vente de son réseau allemand au Crédit Mutuel français. Prochaine "surprise" au plus tard dans trois mois.

25 juillet 2008 : deux nouvelles faillites bancaires (First Heritage Bank et First National Bank of Nevada). Comme il s'agit de petits établissements régionaux, la bourse ne s'affole pas. D'ailleurs, la FDIC attend toujours le vendredi soir pour annoncer ce genre de nouvelles.

8 septembre 2008 : nationalisation de Fannie Mae et Freddie Mac. Le Trésor américain s'engage à recapitaliser les deux établissements à hauteur de 200 milliards de dollars. Cette somme sera-t-elle suffisante ?...

12 septembre 2008 : sur le marché des changes, le dollar a repris du poil de la bête. Un euro ne coûte plus que 1,40 $ contre près de 1,60 en juillet. Entre-temps, l'once d'or est à 750 dollars (1.000 dollars en mars) et le baril de pétrole à 100 dollars (près de 150 en juillet). On voit que la spéculation est possible dans les deux sens.

15 septembre 2008 : Merrill Lynch échappe de justesse à la faillite, grâce à une reprise de dernière minute par la Bank of America. Lehman Brothers a moins de chance et doit déposer son bilan ; le milliardaire Richard Fuld va-t-il être obligé de s'inscrire au chômage ?... En l'espace de six mois, trois des principales banques d'investissement des USA ont disparu (Bear Stearns, Merrill Lynch, Lehman). Qui sera la prochaine ?...
De son côté, l'assureur AIG - American International Group (numéro un mondial) doit faire face à de sérieuses difficultés ; il lui manque la bagatelle de 75 milliards de dollars pour faire face à ses obligations immédiates. Pour parfaire le tableau, la Washington Mutual (WaMu) de Seattle, la plus grande caisse d'épargne des Etats-Unis, annonce une perte de 3 milliards pour le trimestre, plus 16 milliards probables prochainement sur un total de créances hypothécaires douteuses dans ses livres de plus de 180 milliards. Et il semblerait que WaMu soit bientôt suivie par Wachovia de Charlotte (Caroline du Nord), la quatrième banque américaine. (Indépendamment de ses problèmes financiers actuels, Wachovia a la réputation d'être une banque qui aime arnaquer les épargants : en 2007, elle a encaissé pour 150 millions de dollars de chèques non signés, soi-disant émis par sa clientèle ; elle a mis en circulation de la fausse monnaie ; elle a harcelé téléphoniquement ses clients âgés pour leur fourguer des titres sans valeur. Wachovia a également été mêlée à des histoires de blanchiment de narcodollars.)
En Europe, la situation n'est guère plus brillante. La BCE et la Banque d'Angleterre injectent 37 milliards d'euros de plus dans les circuits financiers. Les titres bancaires chutent. L'action HBOS - Halifax Bank of Scotland perd près de 30 % en quelques heures.
A part ça, tout va très bien...

16 septembre 2008 : sauvetage d'AIG grâce à 85 milliards de dollars de fonds publics (les 75 demandés + un petit pourboire) en échange d'une participation de l'Etat (nationalisation partielle). Oncle Sam en profite pour donner 50 milliards de plus aux autres responsables de la crise financière. L'Europe lui emboîte le pas et distribue de son côté le double de ce qu'elle avait distribué la veille.

17 septembre 2008 : HBOS, au bord de la faillite, est racheté par son concurrent Lloyds TSB. Les banques centrales continuent de déverser des dizaines et des dizaines de milliards sur les marchés financiers - plus personne ne compte. La banque allemande KfW (établissement public) effectue "par erreur" (et à fonds perdus) un virement de 300 millions de dollars en faveur de Lehman Brothers, en liquidation depuis deux jours (certaines sources parlent même de 530 millions).

18 septembre 2008 : la banque britannique Barclays rachète une partie des dépouilles de Lehman. Nul ne sait au juste ce qui a été manigancé dans la coulisse (c'est le cas de le dire), mais il y a fort à parier que cette faillite arrangée ne sera pas une tragédie pour tout le monde.
Un certain Olivier Pastré, professeur d'économie et banquier, rassure ici ceux d'entre eux (les cons d'épargnants) qui n'ont pas encore subi le sort des clients de Lehman. Ils ne risquent rien, dit-il, "car les banques de détail ne vont pas faire faillite". Qu'est-ce qu'il en sait ?... Pastré prétend que, contrairement à ce que disent "les dépressifs", "la crise actuelle n'a rien à voir avec 1929" et que "les bêtises faites alors par les banques centrales ne sont plus faites aujourd'hui". En 1929, on était dès le départ résolument déflationniste, alors qu'en 2008, on inonde les marchés de centaines de milliards de liquidités. Et alors ?...
C'est un peu comme si un "expert" avait dit en 1939 : "La situation actuelle n'est pas du tout comparable à celle de 1914 ; personne ne commettra plus la bêtise de se lancer dans une guerre de tranchées. En 14, les fantassins devaient se déplacer à pied ; un quart de siècle plus tard, on est mobile et motorisé..." (Argument imparable qui aurait certainement rassuré les futurs 60 millions de morts de la Deuxième Guerre mondiale.)
Le problème, bien sûr, ce n'est pas que telle ou telle "bêtise" soit reproduite à l'identique, mais que l'on retrouve, dans le monde actuel de la finance, le même état d'esprit qu'en 1929 - en bien pire encore. Une bulle est une bulle, et au-delà d'une certaine taille, rien ne peut l'empêcher d'éclater. En démantelant tous les garde-fous mis en place sous Roosevelt, on a rendu possible - et probable - un nouveau 1929. Après la grande catastrophe, tous les Pastré du monde viendront nous raconter qu'on ne pouvait pas prévoir. (Les plus gonflés d'entre eux prétendront qu'ils nous avaient prévenus.)
* Olivier Pastré est président de l'IM Bank de Tunis, après avoir été administrateur de diverses banques et fonds d'investissement du Maghreb.
Aux Etats-Unis, la banque d'investissement Morgan Stanley, assez durement frappée par la crise, négocie paraît-il avec Wachovia en vue d'une éventuelle fusion : avec deux jambes de bois, on court plus vite.

19 septembre 2008 : les autorités américaines annoncent la création d'un fonds spécial chargé de délester les banques de leurs créances les plus dépréciées*. L'opération coûtera plusieurs centaines de milliards de dollars qui, espère-t-on, seront remboursés un jour. Avec mille fois plus de dérivés en circulation (500.000 milliards de dollars en 2007 et sans doute 700.000 aujourd'hui), on peut légitimement douter qu'un tel fonds soit suffisant et que les banques soient en mesure de rembourser un jour.
Les innombrables milliards déjà jetés dans le gouffre de la finance depuis un an sont également remboursables - mais pas nécessairement remboursés. En fin de compte, c'est le contribuable qui paie. Et chaque dollar public versé pour "aider les banques" alimente directement ou indirectement la spéculation.
Spéculation que personne ne songe à supprimer - on ne va quand même pas imposer le communisme à Wall Street... Bien sûr, il y aura peut-être un ou deux embellissements superficiels. A New York et à Londres, on parle de suspendre pour trois mois les ventes de titres à découvert. Mais qui empêchera les spéculateurs de passer par une autre place ?... Il est clair que cette mesure a principalement pour but d'éviter un effondrement boursier des valeurs bancaires, déjà bien secouées au cours des quatre derniers jours ; elle ne résout en rien le véritable problème.
* On avait procédé de même dans les années 1980 pour endiguer la crise des caisses d'épargne (savings and loan crisis). Mais la comparaison s'arrête là, car le sauvetage n'avait coûté alors que 125 milliards de dollars au total.

22 septembre 2008 : le fonds de sauvetage du gouvernement américain sera doté de 700 milliards de dollars (l'équivalent des dépenses militaires ou du déficit budgétaire d'une année normale). Avant d'actionner la "planche à billets", Washington demande à ses fidèles alliés de l'aider un peu à rassembler cette somme. Les Européens, pourtant habitués à payer les pots cassés des Américains, refusent poliment.
Les banques centrales, en Europe, au Japon, aux USA, continuent d'injecter de l'argent frais par tranches de 50 ou 100 milliards, sur des marchés "en manque de liquidités". C'est un véritable coup de fouet pour la spéculation : les cours de l'or et du pétrole se remettent à grimper (jusqu'à 900 et 130 $ respectivement). Bien entendu, le problème actuel ne résulte pas d'un manque de liquidités mais d'un manque général de confiance entre banques.
Nouvelle mesure purement cosmétique aux Etats-Unis : on supprime le statut particulier des banques d'investissement, qui n'existait plus que sur le papier. En principe, toutes les banques seront désormais soumises aux mêmes contrôles - ce qui ne change pas grand-chose, puisque les contrôles sont purement virtuels dès qu'il y va de l'essentiel.
A New York, juste après avoir rencontré Tim Geithner, patron de la branche locale de la Federal Reserve Bank, Nicolas Sarkozy demande "que les responsables du désastre soient sanctionnés". Chiche ! Au lieu de faire la guerre en Afghanistan, qu'il donne l'ordre de bombarder Wall Street et la Fed...

25 septembre 2008 : après que de nombreux clients aient vidé leurs comptes, la Washington Mutual est en état de cessation de paiements : c'est la plus grande faillite d'une banque de dépôts dans l'histoire des Etats-Unis. Les autorités placent la WaMu sous séquestre et revendent une partie de ses activités à JPMorgan Chase pour 1,9 milliards de dollars, sans qu'il en coûte un cent à la FDIC. Le reste restera probablement à la charge du contribuable.
La mise en place du fonds de sauvetage est accompagnée de vives discussions. Certains députés, pour ne pas compromettre leur réélection en novembre (malgré la généralisation de la fraude électronique), proposent que le Trésor public n'agisse pas sans contrepartie. En échange de la reprise des créances douteuses, l'Etat deviendrait actionnaire des banques "sauvées". Le versement d'indemnités de départ astronomiques (parachutes dorés) aux banquiers banqueroutiers serait exclu. Et surtout, il y aurait des dispositions financières et administratives en faveur des Américains modestes directement menacés par la crise hypothécaire et la perte de leur maison.
Bien entendu, Ben Bernanke (chef de la Fed) et son compère Henry Paulson (ministre des Finances, chef du Trésor, ancien PDG de Goldman Sachs) s'opposent formellement à ces mesures abominablement "socialistes". Ce qu'ils veulent, c'est un chèque en blanc pour les "responsables" et l'assurance que tout pourra continuer comme avant.

29 septembre 2008 : la crise financière frappe l'Europe pour la première fois parait-il. La banque Fortis du Benelux est sauvée de la faillite grâce à une prise de participation des trois gouvernements (dont les contribuables francais sont caution) de 11 milliards d'euros. Bradford & Bingley, banque hypothécaire britannique en difficulté (50 milliards d'euros de créances à risques), est elle aussi partiellement nationalisée. La banque allemande Hypo Real Estate, menacée de liquidation, obtient in extremis une aide de 35 milliards d'euros, dont 27 accordés par l'Etat et 8 par un consortium de banques privées. En Islande, l'Etat doit reprendre 75 % du capital de la banque Gitnir pour lui éviter l'effondrement... Prochains candidats au plongeon : la banque franco-belge Dexia et la Roskilde Bank du Danemark.
Aux Etats-Unis, Wachovia a trouvé un "sauveteur" (plus solide, paraît-il, que Morgan Stanley) : il s'agit de Citigroup. Le plus curieux est que le groupe en question était à la recherche de liquidités il y a à peine six mois, et que pour s'en procurer, il a dû se séparer de plusieurs de ses filiales. Et voilà qu'il a de l'argent plein les poches et peut se permettre de racheter ses concurrents... Il y a certainement une large part d'intox dans toutes ces "informations" financières. Bien malin qui pourrait dire ce qui nous attend demain.
Selon le Financial Times Deutschland, le volume total des dérivés de crédit CDS (voir plus haut) diminue depuis quelque temps. On en serait maintenant à 55 billions de dollars, une somme encore supérieure au PIB mondial (54 billions). Au passage, on apprend que la banque Lehman Brothers, en liquidation depuis le 15 septembre, était elle aussi "vendeuse de protection" CDS. Sa disparition a fait automatiquement baisser l'encours global.
Si l'on en croit l'agence Bloomberg, le syndic de faillite de Lehman vient de constater la perte mystérieuse de 400 milliards de dollars durant les mois précédant le dépôt de bilan - perte due, paraît-il, aux fluctuations du marché. On ne serait pas étonné d'apprendre que cette somme n'est pas perdue pour tout le monde, même s'il est peu probable qu'on connaisse jamais les dessous de l'affaire. En tout cas, on commence à comprendre pourquoi Lehman n'a pas été "sauvé" comme les autres.
Là aussi, on voit ce que valent les annonces officielles : le 14 juin 2008, quand Lehman faisait état de 3 milliards de perte, la réalité était déjà cent fois pire. On se demande combien d'autres mensonges vont éclater au grand jour dans les semaines et les mois à venir.
Pour terminer cette belle journée du 29, le Congrès américain rejette le plan de sauvetage légèrement amendé par les soins de Bernanke-Paulson. Certains opposants, surtout républicains, estiment que le projet est trop dirigiste. D'autres, surtout démocrates, pensent que le projet ne va pas assez loin. Quelques "contestataires de gauche" vont même jusqu'à exiger une limitation générale des salaires versés aux dirigeants de banques bénéficiant de l'aide gouvernementale. Les escrocs de Wall Street et leurs complices de Washington protestent, affirmant qu'une telle mesure "affecterait la compétitivité" (sic).
La discussion reprendra prochainement, mais pas demain. Le Congrès ne siègera pas le 30 septembre.

3 octobre 2008 : Le Congrès américain vote le plan de sauvetage après avoir été soumis à de très fortes pressions : menace de décréter la loi martiale en cas de second refus, achat de voix par Goldman Sachs, etc. Entre-temps, il n'est plus question de 700 milliards mais de 850, car le paquet contient maintenant, à la demande de certains députés, de nombreux cadeaux fiscaux en faveur de groupes "menacés par la crise" - comme par exemple l'industrie du cinéma et de la télévision, le sport automobile et les propriétaires de circuits, les énergies renouvelables, et même la recherche scientifique visant à améliorer la qualité de la laine (!) Les membres du Congrès ont profité de l'occasion pour faire passer d'un seul coup tous les projets d'aide fiscale qu'ils avaient dans leurs cartons. Pour les lobbyistes, la date du 3 octobre est à marquer d'une pierre blanche.
Au cours de la dernière semaine de septembre, les banques américaines ont emprunté en moyenne, chaque jour, 368 milliards de dollars à la Fed. La semaine d'avant, la moyenne journalière était encore de "seulement" 188 milliards. Bien sûr, il ne s'agit que de sommes prêtées, mais il est clair que les banques ne se contentent plus d'emprunter de nouveau ce qu'elles remboursent à la banque centrale ; elles empruntent chaque fois davantage. Tant que la Fed le permet, les banquiers n'ont aucune raison de se gêner. Le marché monétaire entre banques est pratiquement gelé ; le seul moyen de satisfaire ses besoins de trésorerie est de passer par la Fed. (La situation n'est pas tellement différente en Europe.)
Tout cela n'empêche pas Wells Fargo de se porter acquéreur de Wachovia, entrant ainsi en concurrence directe avec le Citigroup.

5 octobre 2008 : Echec du plan de sauvetage de la banque Hypo Real Estate (HRE) de Munich. Il s'avère que le trou n'est pas de 35 mais de 150 milliards d'euros. Les banques privées refusent de s'engager (pour 8 milliards) comme elles l'avaient promis le 29 septembre. L'Etat va donc devoir tout prendre à sa charge, s'il veut éviter la plus grande faillite allemande de tous les temps. Dans un premier temps, le gouvernement accorde 50 milliards, ce qui devrait suffire jusqu'à la fin de l'année (ou jusqu'à la fin de la semaine). Parallèlement, le PDG de HRE (salaire annuel : 1,9 million d'euros) est "sanctionné" (comme dirait Sarkozy). Il doit démissionner et se contenter d'une pension de retraite correspondant à 70 % de son salaire (plus une indemnité de départ de l'ordre de 10 millions).
Comme pour HRE, le premier "sauvetage" de Fortis (décidé également le 29 septembre) s'avère inefficace, de sorte que le gouvernement des Pays-Bas nationalise en totalité le réseau hollandais de la banque, tandis que BNP Paribas reprend la partie non-étatisée de Fortis-Belgique et Fortis-Luxembourg.

6 octobre 2008 : Les dirigeants des pays européens assurent les uns après les autres qu'ils ont l'intention de "protéger l'épargne". Comme des dispositions concrètes existent déjà un peu partout, ces promesses n'apportent pas grand-chose de nouveau ; elles sont vagues et n'engagent à rien... En Islande, le gouvernement décrète l'état d'urgence financier et prend le contrôle du système bancaire. La couronne islandaise perd 30 %.

7 octobre 2008 : Le gouvernement de Londres débloque 250 milliards de livres (320 milliards d'euros) en faveur des banques. 200 milliards seront "prêtés" pour trois mois ; 50 milliards serviront à recapitaliser les principaux établissements financiers, dont Barclays, Royal Bank of Scotland, HBOS, HSBC et Lloyds TSB. Aux USA, en Espagne, au Japon, les banques centrales continuent d'injecter les milliards sans compter. Comme dit un courtier de Tokyo, la transfusion sanguine se poursuit tandis que l'hémorragie continue de plus belle.

8 octobre 2008 : La Fed, la Bank of England, la BCE ainsi que les banques centrales suisse, suédoise et canadienne abaissent simultanément leurs taux directeurs de 0,5 point. Cette mesure censée ranimer la bourse en chute depuis trois semaines, reste sans effet - c'est le contraire qui aurait été étonnant. Autre signe que les marchés ne suivent pas la Fed : alors que le taux directeur de cette institution est maintenant de 1,5 %, le taux correspondant sur le marché monétaire "libre" (Libor - London interbank offered rate) est de 4,75 % pour les prêts en dollars à trois mois et même de 5,1 % pour les prêts "au jour le jour".

9 octobre 2008 : Après avoir été "sauvée" le 30 septembre, Dexia est de nouveau en danger de mort. La France, la Belgique et le Luxembourg garantissent donc tous les emprunts qu'elle effectuera sur les marchés - sans aucun contrôle, cela va de soi. Le "programme antidrogue" mis en place par les gouvernements assure aux camés de la finance un approvisionnement illimité aux frais des contribuables.
Si l'on veut savoir à quoi servent les "sauvetages", il suffit de regarder du côté d'AIG : "Six jours après avoir été sauvés de la faillite par une injection de 85 milliards de dollars frais, une poignée de dirigeants de la société d'assurance ont fêté ça dans un hôtel de luxe pour la modique somme de 440.000 $." Vive la crise ! (Le 9 octobre, AIG annonce qu'il lui manque encore 37,8 milliards de dollars.)

10 octobre 2008 : A Washington, Dominique Strauss-Kahn (patron du FMI) et Robert Zoellick (chef de la Banque mondiale) "déplorent" que la crise frappe aussi les pays pauvres (des pays que ces salauds ont pourtant eux-mêmes contribué à appauvrir et là je ne parle pas de la mort de dizaines de milliers d'enfants chaque jour, parce que c'est un sujet qui me rend trop dingue pour que je puisse écrire dessus).
En Amérique latine, les Etats anti-impérialistes (Cuba, Venezuela, Equateur, Bolivie) proposent de mettre en place un Fonds monétaire alternatif. Pour Hugo Chávez, il faut dissoudre le FMI et faire le procès des responsables, à commencer par Strauss-Kahn et Bush. "Le capitalisme prédateur devient de plus en plus insupportable pour les peuples du monde... La crise actuelle n'est pas seulement une crise financière, économique et alimentaire. Elle marque le commencement de la fin d'une époque dominée par un système pervers..."
En attendant, selon une étude menée par le World Economic Forum auprès de dirigeants d'affaires britanniques, le classement des pays par ordre de solvabilité ne correspond plus du tout à ce qu'il était il y a encore quelques mois. En tête, on trouve le Canada, la Suède, le Luxembourg et l'Australie. La France est 19ème, l'Allemagne 39ème (derrière le Botswana), les USA 40ème, le Royaume-Uni 44ème. C'est un classement sans doute très subjectif, mais au moins aussi valable que celui des agences de notation à la solde des fauteurs de crise.
"Le capitalisme est un système fait pour enrichir les riches en appauvrissant les pauvres. Pendant la 'crise' cet enrichissement des plus riches au détriment de moins riches qu'eux se fait d'un seul coup. La crise, par conséquent, ce n'est pas quand le capitalisme fonctionne mal, c'est au contraire quand il fonctionne au mieux." : La crise, c'est l'orgasme du capitalisme !

12 octobre 2008 : Le leader altermondialiste José Bové demande la création d'un Tribunal pénal international pour juger les responsables des crises économiques, les spéculateurs et les criminels financiers. (En France, ce sont ces criminels et leurs complices qui font juger les contestataires comme Bové.)

13 octobre 2008 : Action concertée des pays de la zone euro pour "sauver le secteur bancaire". Les ennemis déclarés de l'assistanat consacrent des centaines et des centaines de milliards pour renflouer les banquiers spéculateurs. L'effort le plus important est consenti par l'Allemagne : 500 milliards de fonds publics qui seront, paraît-il, "soit remboursés, soit pas du tout utilisés" - de qui se moque-t-on ?...

L'opération, un peu copiée sur le plan Darling (c'est le nom du ministre britannique des Finances, ça ne s'invente pas), prévoit un fonds de 100 milliards servant à recapitaliser les établissements financiers et à reprendre leurs actifs toxiques. Le gros du paquet-cadeau : 400 milliards d'euros de garanties devant permettre aux banques de se prêter mutuellement de l'argent. Cela signifie que si la Deutsche Bank avance 20 milliards à la Commerzbank, pour que celle-ci puisse faire face à ses obligations, l'Etat en garantit le remboursement. Personne ne cherche à savoir à quoi servira cette somme : faire tourner l'économie réelle ou alimenter le grand tonneau des Danaïdes de Wall Street ?... Peu importe... Bien sûr, rien n'est prévu pour stopper l'hémorragie dérivative, mais on encourage les dons de sang. Allez-y, on a besoin de 15 milliards de litres par jour. (De toute façon, c'est obligatoire...)

Toutefois, pour prouver que tout cela n'est pas "pour rien", on envisage également, le cas échéant et sous toutes réserves, de fixer - peut-être - un plafond éventuel aux sommes perçues par les PDG, mais seulement s'il s'avère que la situation le justifie compte tenu du contexte, vous comprenez... Il paraît que ça va être très efficace et dissuasif - un peu comme lorsque les villes américaines limitent les ventes d'armes à deux mitraillettes par semaine et par personne de plus de seize ans.

Quelques heures après sa voisine, Sarkozy présente un plan analogue, mais pour 360 milliards. Les autres pays font de même : Espagne 100 milliards, Autriche 100 milliards, Pays-Bas 200 milliards, etc... En tout, 1.700 milliards.

Bien sûr, ces sommes astronomiques entraînent un accroissement de la dette publique, même si ce n'est qu'en partie, même si ce n'est pas tout se suite. Et à qui vont s'adresser les Etats pour combler leurs gigantesques déficits ? Au marché financier et... aux banques, bien entendu... Prête-moi de l'argent pour que je puisse te faire un cadeau. Mais si t'as pas assez, t'inquiète pas, je te dépannerai...

The woman who could have prevented this financial mess was silenced by Greenspan, Rubin and Summers - En 1997, Brooksley Born, directrice d'une agence fédérale américaine chargée de suivre les opérations à terme et sur options, a témoigné devant le Congrès et mis en garde contre les dangers émanant de l'anarchie des dérivés. Au lieu de l'écouter, Alan Greenspan (chef de la Fed), Robert Rubin (ministre des Finances, ancien de Goldman Sachs) et Lawrence Summers (ministre-adjoint des Finances) l'ont réduite au silence. Arthur Levitt, patron de la Commission de contrôle des opérations de bourse (SEC), les a soutenus contre Born.

14 octobre 2008 : Aux Etats-Unis, le gouvernement débloque 250 milliards de dollars (sur les 850 autorisés récemment) pour entrer au capital de plusieurs grandes banques, dont Citigroup, JPMorgan Chase, Bank of America, Goldman Sachs, Morgan Stanley et Merrill Lynch.
Après la dégringolade de ces derniers jours, la bourse remonte. C'est bien, disent les "experts" payés par le patronat, c'est un bon début, mais il faut continuer d'aider les entreprises. En revanche, pas question d'augmenter le pouvoir d'achat de la population pour stimuler la conjoncture. Un plan de relance de 100 milliards serait "trop cher" et "trop inflationnaire", et puis tout le monde en profiterait - on ne peut quand même pas faire ça. Mieux vieux donner directement 5 ou 10 fois plus à la bande de banksters qui a provoqué la crise...

15 octobre 2008 : Wall Street et les autres bourses repartent vers le bas ; la reprise n'aura été que de très courte durée... En Islande, pour faire comme tout le monde mais sans trop savoir pourquoi, la banque centrale baisse son taux directeur de 15,5 à 12%.

16 octobre 2008 : Aide du gouvernement suisse à l'UBS - participation au capital à hauteur de 6 milliards de francs et rachat d'actifs toxiques pours 50 autres milliards (en tout environ 36 milliards d'euros). La bourse continue de chuter.

A Bruxelles, la démagogie bat son plein. On veut paraît-il s'attaquer aux paradis fiscaux (mais sans mettre en cause Jersey et Monaco, qui sont dans l'UE sans y être - d'ailleurs ces paradis fiscaux n'ont pas grand-chose à voir avec la crise actuelle - pour le grand capital, le monde entier est un paradis, à commencer par la City de Londres). On propose de réglementer les fonds spéculatifs (que l'on a autorisés partout et qui continuent d'attiser la crise jour après jour). On s'apprête à "réformer" le FMI moribond pour lui donner un rôle de supervision universelle (afin que Strauss-Kahn et les prédateurs qu'il représente puissent mieux dominer la planète, en particulier les pays qui s'opposent au nouvel ordre mondial). On parle à tout bout de champ de "nouveau Bretton Woods" (alors que ce qui en sortira n'aura rien à voir avec l'esprit de 1944, bien au contraire.)

17 octobre 2008 : Comme l'écrit l'AFP, "la Caisse d'Epargne, symbole de sécurité pour des millions d'épargnants français, a perdu 600 millions d'euros à cause des risques inconsidérés pris par certains de ses traders en plein krach boursier, une affaire qui rappelle en partie celle de la Société Générale." 600 millions d'euros, cela correspond à un dommage de 0,12 kerviel - pas de quoi fouetter un écureuil... Sauf, bien sûr, si Le Canard enchaîné a raison et qu'il manque à la Caisse d'Epargne non pas 0,6 mais 6,5 milliards d'euros pour rendre ses comptes présentables. Depuis le début de cette crise, les banques ont toujours adopté la même tactique : avouer moins pour cacher plus.
Ainsi, par exemple, Citigroup, qui annonce près de 3 milliards de pertes pour le trimestre écoulé, soit 50 milliards "en tout". En additionnant les chiffres publiés de trimestre en trimestre, on arrive à un total moindre : c'est la dynamique du trou noir de la haute finance...
Idolâtrie du marché : 30 ans de mensonges, la divinité s'effondre

20 octobre 2008 : Devant le parlement de l'UE, à Strasbourg, Sarkozy, obéissant à ses commanditaires, réclame la mise en place d'un "gouvernement économique européen" - premier pas, on s'en doute, vers un gouvernement économique mondial au service du grand capital. On commence à comprendre ce que certains entendent par "nouveau Bretton Woods" : il faut absolument, à l'avenir, que toutes les décisions soient prises par un centre unique, sans aucune discussion ni opposition possible de la part d'autorités régionales relativement indépendantes de type BCE ou autre.
La crise financière en cours est aussi peu fortuite que les attentats du 11 septembre. Ses conséquences sont voulues et s'inscrivent elles aussi dans le plan d'instauration du nouvel ordre mondial.

27 octobre 2008 : L'euro continue de baisser (ou le dollar de monter). Après la pointe de 1,60 $ pour 1 € en juillet et la chute à 1,40 en septembre, on en est maintenant à moins de 1,25. Aucune explication convaincante n'est fournie par les "experts" pour élucider ce phénomène. (S'ils comprenaient vraiment ce qui se passe aujourd'hui, ces gens auraient aussi une petite idée de ce qui se passera demain* - et n'auraient donc nul besoin de donner des conseils aux autres pour gagner leur vie.) Quoi qu'il en soit, l'interprétation la moins stupide circulant actuellement, est que les hedge funds (principalement américains), après avoir spéculé contre le dollar, débouclent à présent leurs positions, ce qui fait grimper la demande. D'un autre côté, il est évident que les grands créanciers des Etats-Unis, comme la Chine et les pétro-milliardaires arabes, ne font toujours rien pour se débarrasser de leurs avoirs en dollars.
* Les meilleures prophéties sont celles que l'on formule a posteriori (voir la Bible).
Les subprimes expliqués aux Chtis

28 octobre 2008 : La banque centrale d'Islande relève son taux directeur de 12 à 18 %, deux semaines à peine après l'avoir fait passer de 15,5 à 12. Les trolls semblent avoir pris le pouvoir à Reykjavik - à moins qu'il ne s'agisse tout simplement de vautours étrangers soucieux de faire fructifier leurs dérivés basés sur les taux. Toujours est-il que l'Etat islandais est en faillite.
La folie règne également à Francfort. A l'opposé de toutes les autres valeurs cotées au Dax, Volkswagen ne cesse de grimper depuis des semaines au rythme de 30, 50, 70, et parfois même 100 % par jour. L'action VW vaut maintenant 1.000 euros (200 début septembre). Là aussi, les explications logiques font défaut. Hedge funds contraints d'acheter à n'importe quel prix après avoir vendu à découvert ? Coup de main de Porsche* pour s'assurer le contrôle de l'entreprise ? Acte insensé d'un autre investisseur ?... (Malgré l'euphorie boursière, Volkswagen va très mal dans l'économie réelle : recul des ventes de véhicules, chômage "technique"... et des délais de livraison toujours aussi longs.)
* Comme l'a fait remarquer un analyste allemand, Porsche lui-même est devenu entre-temps une sorte de hedge fund, faisant plus de profit financier que de chiffre d'affaires commercial.

29 octobre 2008 : Oubliez tout ce que vous avez lu ou entendu sur les victimes de la crise, sur les gens qui ont perdu leur maison, leurs économies, leur emploi ou la perspective d'une retraite décente. Si quelqu'un est à plaindre, c'est le pauvre S. Adelson, milliardaire et "philanthrope", patron de LVS, une société propriétaire de casinos à Las Vegas et Macao. En quelques semaines, l'action LVS a vu sa valeur boursière chuter de 80 %, soit 10 milliards de dollars.
Adelson a-t-il moins d'argent sur son compte ? A-t-il dû vendre à perte un de ses hôtels ? Bien sûr que non... C'est seulement la valeur comptable des "fruits de son travail" qui a baissé (provisoirement). Quand on détient, comme lui, 70 % du capital d'une société, on ne vend pas ses actions en bourse ; la "perte" reste donc purement virtuelle. Les vrais perdants, dans cette affaire, ce sont les petits actionnaires. De même bien sûr que les salariés de l'entreprise, la chute des cours étant une excellente occasion pour licencier du personnel et réduire les "frais généraux".
Nous ne sommes plus à l'époque de Frank Sinatra. Sur le "Strip" de Las Vegas, la mafia italienne a depuis longtemps cédé la place à une autre mafia autrement plus puissante et plus nocive - pas nécessairement plus belle mais toujours souriante.

30 octobre 2008 : La Fed fait passer son taux directeur à 1 % et annonce son intention de poursuivre en direction de zéro*. La banque centrale va-t-elle bientôt verser des intérêts aux banques lorsque celles-ci lui feront l'honneur d'accepter son argent (celui des contribuables) ? Cette politique aberrante permet bien entendu aux banquiers d'abaisser les taux créditeurs offerts aux épargnants, tout en laissant les taux débiteurs à un niveau élevé (si tant est qu'il soit encore possible d'obtenir un crédit). On continue donc d'évoluer simultanément dans deux directions opposées (déflation au profit du grand capital, inflation aux dépens de la masse des citoyens - voir plus haut).
* Six semaines plus tard, un autre taux, celui "versé" par l'Etat aux souscripteurs de bons du Trésor à trois mois, passera effectivement à 0 % - une première depuis la grande crise des années 1930. Le 9 décembre, le taux en question sera même négatif : -0,01 %. Comme dit le Financial Times, "les investisseurs sont prêts à payer pour avoir un placement sûr".

31 octobre 2008 : Si dans le secteur bancaire, des dizaines de milliers d'employés modestes ont déjà perdu leur gagne-pain ou sont sur le point de le perdre, il en va tout autrement au sommet de la pyramide. Comme le révèle cet article du Daily Mail, les grands serviteurs de la finance vont toucher, en cette fin d'année 2008, plus d'argent que jamais, y compris ceux d'entre eux qui sont responsables de la débâcle. Quelques exemples : chacun des 443 cadres supérieurs de Goldman Sachs empoche en moyenne plus de 3 millions de £ (= 5 millions de dollars ou 4 millions d'euros) ; les banqueroutiers de Lehman touchent 1,5 million de £ chacun ; le patron de Northern Rock (banque renflouée par l'Etat en septembre 2007) rafle 400.000 £ ; etc... Joli cadeau de Noël aux frais du contribuable.
Autre cadeau : le vœu formulé par le patron de la Deutsche Bank le 21 mai 2008 a été exaucé. Désormais les actifs dépréciés peuvent être comptabilisés à leur valeur initiale. Conséquence directe : il n'est plus nécessaire d'entamer ses réserves pour compenser des pertes. Au lieu d'afficher un résultat négatif de 800 millions d'euros pour le troisième trimestre, la banque allemande annonce donc un "benéfice" net de plus de 400 millions. Ce tour de passe-passe est rendu possible par le plan de sauvetage du 13 octobre, dont le texte a été rédigé par les "stagiaires" de M. Ackermann.
Le PDG de la Deutsche Bank, fin démagogue, a renoncé à son bonus annuel. Il paraît qu'il lui reste encore quelques euros sur les 14 millions perçus l'année dernière - de quoi patienter en attendant le paiement compensatoire qui viendra certainement en 2009. Peter Sodann, un acteur très populaire dans l'est de l'Allemagne et commissaire de la série télévisée Tatort, a beaucoup choqué le monde de la politique et des affaires en déclarant : "Si j'étais un vrai flic, la première chose que je ferais, ce serait d'aller arrêter Josef Ackermann..."

3 novembre 2008 : Au Venezuela, bien que les banques soient aux mains de la finance privée, la crise n'a pas encore fait de victimes. Comme l'a rappelé le président Chávez, l'Etat ne viendra jamais en aide aux capitalistes "en difficulté" ; au moindre signe négatif, les banques seront nationalisées.
Aux USA, autre son de cloche. Selon le Wall Street Journal, les provisions constituées par les neuf plus grandes banques américaines pour couvrir les indemnités et pensions à verser à leurs dirigeants, totalisaient fin 2007 plus de 40 milliards de dollars. Ces mêmes neuf banques ont reçu du fonds de "sauvetage" de Henry Paulson 125 milliards de fonds publics. Autrement dit, près d'un tiers des sommes prises aux contribuables servent à accroître la fortune personnelle d'une poignée de milliardaires et multimillionnaires new-yorkais.

6 novembre 2008 : La BCE fait passer son taux directeur de 3,75 à 3,25 %. La Banque d'Angleterre l'imite (de 4,5 a 3 %).

10 novembre 2008 : Nouvelle aide financière publique de 27 milliards de dollars pour AIG. La compagnie d'assurances américaine avait déjà bénéficié de 85 milliards le 16 septembre et - plus discrètement - d'une rallonge de 38 milliards en octobre. Soit un total de 150 milliards. Profiteur numéro un : le bankster Maurice Greenberg, ex-PDG et grand actionnaire d'AIG : Avant de partir, l'administration Bush offre un cadeau de 150 milliards de dollars à ses amis.

11 novembre 2008 : La crise financière commence à se transformer en crise économique. Le secteur le plus touché, surtout aux Etats-Unis, est celui de l'automobile. General Motors* est au bord de la faillite, Chrysler ne va guère mieux. Le hedge fund Cerberus Capital Management, qui a fortement investi dans les deux groupes automobiles, cherche à obtenir pour eux (c'est-à-dire pour lui-même) une aide de l'Etat similaire au bailout dont bénéficient les banques - détails. Le patron de Cerberus, le milliardaire Steve Feinberg, voudrait aussi faire payer les gouvernements européens, qui craignent l'effondrement des filiales locales de GM, en particulier Opel Allemagne.
* Tandis que les dirigeants de General Motors prétendent qu'ils ont besoin des milliards de l'Etat pour "sauver les emplois à Détroit", on apprend qu'une somme d'au moins un milliard de dollars sera investie au Brésil.
Autre candidat à la manne publique, qui n'y avait pas droit jusqu'à présent : American Express. Pour y accéder, cet établissement va quitter le domaine étroit des cartes de crédit et devenir une banque "comme les autres" - c'est-à-dire "renflouable comme les autres". Même chose, en gros, pour GE Capital, la filiale financière du groupe General Electric. Bien que n'étant pas une banque, elle va néanmoins avoir droit à la couverture de la FDIC à hauteur de 139 milliards de dollars. En cas de défaillance, c'est bien entendu l'Etat qui paiera et non le fonds de garantie bancaire qui ne dispose même pas de la moitié de cette somme. General Electric, autrefois un groupe purement industriel, a réalisé plus de 50 % de son chiffre d'affaires 2007 dans le secteur financier.

14 novembre 2008 : Pour la première fois depuis la création de la monnaie européenne (en 1999), la zone euro est officiellement en récession.
La prochaine bombe : le financement des collectivités locales
L'agence financière Bloomberg (propriété du millardaire Michael Bloomberg, maire de New York) a intenté une action en justice contre les cinq sages qui président la Fed. But de cette manœuvre : obliger Ben Shalom Bernanke et consorts à dévoiler au public quels titres (sans valeur) ils ont reçus "en garantie" des "prêts" de 1,5 billion de dollars accordés aux banques américaines (en tête desquelles Goldman Sachs et Citigroup). Cette somme astronomique, qui ne comprend pas l'aide publique de 700 (ou 850) milliards décrétée en octobre, alourdit le bilan de la Réserve fédérale en attendant d'être effacée sur le dos du contribuable. (Le 13 novembre, la Fed avait un total de bilan de 2.214 milliards, contre 1.770 milliards le 15 octobre et 870 milliards un an plus tôt.)

20 novembre 2008 : Citigroup, numéro un mondial de la finance il y a tout juste quelques mois, est sur le point de s'effondrer. L'action perd 50 % en deux jours (moins 90 % depuis début 2007). On recherche d'urgence un repreneur. Est-ce l'annonce d'une nouvelle faillite crapuleuse à la Lehman ?...
En Allemagne, la banque publique LBBW de Stuttgart va recevoir de l'Etat un joli cadeau de 5 milliards d'euros. Une partie de ces fonds servira à "venir en aide" au pauvre milliardaire Adolf Merckle*, roi de l'industrie pharmaceutique (Ratiopharm).
* Début janvier 2009, Merckle se suicide. On ignore la raison exacte de ce geste.

24 novembre 2008 : Citigroup est sauvé de la faillite grâce à une aide fédérale directe de 45 milliards de dollars, assortie de 305 milliards de garanties de l'Etat. A Londres, le gouvernement débloque 110 milliards de livres supplémentaires en faveur des banques.

25 novembre 2008 : La Fed va utiliser 600 milliards de fonds publics pour racheter aux banques leurs actifs hypothécaires sans valeur, plus 200 milliards pour la reprise d'autres créances menacées dans le secteur du crédit à la consommation. Depuis le début de la crise, le gouvernement américain a sacrifié au moins 4.000 milliards de dollars pour "venir en aide" aux spéculateurs. Bloomberg pense que la somme réelle pourrait être deux fois plus élevée.

28 novembre 2008 : La BayernLB de Munich (secteur public) a besoin de 30 milliards d'euros pour amortir ses pertes : peanuts, comme on dit en bavarois.

4 décembre 2008 : La BCE fait passer son taux directeur de 3,25 à 2,5 % ; la Banque d'Angleterre abaisse le sien de 3 à 2 %.

10 décembre 2008 : Dans un éditorial du Financial Times, Gideon Rachman, revendique à haute voix ce que ses acolytes de la City et de Wall Street ne réclament encore qu'en chuchotant : la formation d'un gouvernement mondial. C'est le seul moyen, paraît-il, de venir à bout de la crise financière, de la crise climatique et de la crise du terrorisme (une crise réelle et deux pseudo-crises dues à ces mêmes banksters).

11 décembre 2008 : Le financier Bernard Madoff, patron du hedge fund BMIS et ancien président de la bourse NASDAQ de New York, est accusé de faillite frauduleuse après avoir escroqué la bagatelle de 50 milliards de dollars à l'aide d'un système pyramidal. D'ignobles agents du FBI osent même procéder à son arrestation, mais heureusement le juge le relâche aussitôt moyennant une caution de 10 millions. (C'est un peu comme si un comptable accusé d'avoir détourné 100.000 euros était libéré contre paiement de 20 euros.)
Parmi les victimes de l'escroc Madoff figurent plusieurs banques suisses, la BNP Paribas, le Crédit Mutuel-CIC, la Société Générale, le Crédit Agricole, Dexia, Fortis Pays-Bas, la Royal Bank of Scotland, HSBC et le groupe Santander. Pas grave, toutes ces banques n'auront qu'à se faire renflouer par leurs gouvernements respectifs - certaines d'entre elles pour la seconde fois en l'espace de quelques mois. Quant aux "investisseurs privés américains" arnaqués par Madoff, ils seront indemnisés par Washington (c'est-à-dire par le contribuable). Après tout, ils n'y peuvent rien : comment auraient-ils pu se douter qu'un placement à 12 % comportait des risques ?

Le drame de la finance :
" Il suffit de 90 % de brebis galeuses pour discréditer l'ensemble de la profession... "

12 décembre 2008 : Tandis que les trois géants américains de l'automobile (GM, Chrysler, Ford) sont au bord de la faillite, les responsables tentent de retarder le plus possible la mise en place d'un plan de sauvetage. But de la manœuvre : réduire massivement les salaires et faire main basse sur les fonds de pension.

16 décembre 2008 : La Fed fait passer son taux directeur de 1 % à 0,25 %. Mais ce n'est pas parce que les banques ont la possibilité de lui emprunter toujours plus d'argent à des taux toujours plus bas, qu'elles accordent elles-mêmes davantage de crédits à leurs clients. Au contraire, elles conservent ces fonds sur leurs comptes auprès de la banque centrale en attendant que "la confiance revienne". En l'espace d'une année, le total des dépôts bancaires à la Réserve Fédérale est ainsi passé de 14 milliards à 778 milliards de dollars. Ce qui prouve bien que la politique du taux zéro ne crée aucune liquidité supplémentaire au profit de l'économie réelle. A ce stade, seuls des investissements publics massifs (comme à l'époque du New Deal de Roosevelt) pourraient sortir le pays de la récession-dépression. Les banques privées, elles, en sont bien incapables, et elles s'y opposent d'ailleurs farouchement.
L'objectif véritable des "élites" financières et économiques n'est pas la relance, mais une aggravation de la crise permettant une redistribution accélérée des richesses du bas vers le haut.

27 décembre 2008 : Imitant General Electric (voir 11.11.2008), la filiale financière de General Motors se transforme en banque, grâce à quoi elle aura accès à tous les avantages réservés aux établissements bancaires (fonds de sauvetage, Fed, etc.). En tant que constructeur automobile, GM aurait dû se contenter des "miettes" accordées à l'industrie (15 milliards de dollars pour les "trois grands" de Détroit). C'est le banquier Ezra Merkin, partenaire financier de l'escroc Madoff*, qui devient le patron de la banque de General Motors - tout cela, bien entendu, pour "sauver" l'industrie automobile américaine.
* Parmi bien d'autres investissements, Madoff et Merkin détiennent une grande partie du capital de la banque Leumi - une excellente adresse pour blanchir l'argent sale. Il est d'ailleurs probable qu'une bonne partie des fonds escroqués en 2008 ont pris ce chemin.

7 janvier 2009 : Aux Etats-Unis, après l'automobile, c'est l'industrie pornographique qui réclame une aide de l'Etat (5 milliards de dollars).

8 janvier 2009 : La Banque d'Angleterre baisse son taux directeur à 1,5 %, le niveau le plus bas depuis 1694.

9 janvier 2009 : Le gouvernement fédéral allemand fait cadeau de 18 milliards d'euros à la Commerzbank et reçoit en échange 25 % du capital, mais renonce à participer à la gestion de l'entreprise comme il en aurait le droit. La valeur boursière des actions acquises par l'Etat ne dépasse pas 1,25 milliard d'euros, soit 14 fois moins que le prix payé !... Une partie de la somme versée par le contribuable allemand servira à financer le rachat du concurrent Dresdner Bank, jusqu'alors propriété de l'assureur Allianz.
Aux Etats-Unis, le bankster Madoff profite de sa liberté "surveillée" pour mettre à l'abri les actifs encore disponibles. Le parquet le prend la main dans le sac alors qu'il s'apprêtait à faire disparaître 173 millions de dollars. Vraiment pas gentil, ce procureur... Un des trois juge (Ronald Ellis) a reçu des subsides de Madoff lorsqu'il travaillait pour la NAACP.

14 janvier 2009 : La Deutsche Bank - établissement soi-disant au-dessus de tout soupçon - annonce pour le trimestre écoulé des pertes de 4,8 milliards d'euros.

15 janvier 2009 : Le taux de la BCE passe de 2,5 à 2 %, en attendant pire - la chose est déjà annoncée pour février ou mars 2009.
La politique des taux extrêmement bas n'a pas pour but de "combattre la récession", comme le prétendent les banquiers, les politiciens et les médias, mais de déposséder un peu plus la masse des citoyens. Désormais l'argent déposé en banque ne rapporte pratiquement plus rien, tandis que l'inflation (pas les 3 % officiels de 2008 mais les 8 ou 10 % réels) dévore les sommes mises de côté. En revanche les taux pratiqués par les banques pour les crédits consentis aux particuliers et aux petites entreprises restent élevés, sous prétexte que les risques le sont également. La marge entre taux débiteurs et taux créditeurs n'a jamais été aussi grande.
L'absence de rémunération véritable des dépôts incite les particuliers à se tourner vers la bourse ou à acquérir des certificats et autres "produits" véreux qui, s'ils ne s'effondrent pas complètement eux aussi, coûtent les yeux de la tête à ceux qui ont le malheur d'en acheter. C'est bien là le but de la manœuvre : encaisser le plus possible en primes d'émission et frais de gestion (6 % à l'achat + 3 % annuels sont tout à fait courants).

16 janvier 2009 : La Bank of America n'a pas encore digéré la reprise de Merrill Lynch (15 septembre 2008). Mais heureusement, il y a l'aide fédérale (20 milliards de dollars "cash" + 118 milliards pour garantir les actifs toxiques). Quant à Citigroup, l'ex-numéro un de la finance, il annonce 10 milliards de pertes supplémentaires. Après avoir vendu toutes ses filiales vendables dans l'espoir de se renflouer, le groupe est sur le point d'éclater.

22 janvier 2009 : Pratiquement toutes les banques britanniques sont maintenant en faillite "technique". La "nationalisation" totale, c'est-à-dire la recapitalisation permanente à l'aide de fonds publics sans aucun droit de regard de l'Etat sur la gestion, est pour ainsi dire accomplie. Mais tout cela est encore insuffisant. Au Royaume-Uni, mais aussi dans le reste de l'Europe et aux USA, les jongleurs de la finance, toujours aussi insatisfaits, exigent la création de "bad banks" dans lesquelles seraient concentrés tous les actifs sans valeur. Bien entendu, si l'on était en mesure d'opérer une distinction entre ce qui a encore de la valeur et ce qui n'en a plus, il est évident qu'on l'aurait fait depuis longtemps. C'est tout simplement une tentative de plus pour retarder la catastrophe finale sans rien changer au système. On a l'impression que le dernier acte est proche.

28 janvier 2009 : Aux Etats-Unis, la crise financière s'est depuis longtemps transformée en crise économique majeure.

11 février 2009 : Le Congrès de Washington adopte un plan de stimulation de l'économie de 790 milliards de dollars : 510 milliards pour financer des "projets" encore assez vagues et 280 milliards de réductions fiscales dont on ignore à qui au juste elles profiteront. Tim Geithner, ministre des Finances et ancien patron de la Federal Reserve Bank of New York, s'efforce également de faire passer un paquet-cadeau supplémentaire de 2.000 milliards en faveur de ses copains de Wall Street.
Selon une estimation de Bloomberg, les différentes mesures prises au cours des derniers mois aux Etats-Unis se montent à un total de 9.700 milliards de dollars - une somme représentant 90 % de l'ensemble des crédits hypothécaires des particuliers, ou encore les deux tiers du PIB américain.

17 février 2009 : A Munich, l'affaire Hypo Real Estate (voir plus haut - 5.10.08) prend des proportions toujours plus gigantesques. En l'espace de quelques mois, l'Etat a injecté plus de 100 milliards d'euros pour sauver cette banque de la faillite et empêcher ainsi un effondrement complet du marché national des obligations hypothécaires. Ce marché est à la fois la source privilégiée de refinancement immobilier outre-Rhin (surtout pour les grands projets) et la forme de placement grand public la plus sûre depuis près de 150 ans.
Les problèmes de HRE ont commencé il y a quelques années avec l'entrée en force de private equity funds américains dans le capital de la banque, ce qui a entraîné une dérive spéculative incontrôlée. Ces fonds (JC Flowers, Grove International, Capital Research & Management, Close Trustees Cayman, Orbis Global Bermuda) détiennent environ 47 % des actions HRE, le reste étant paraît-il aux mains de petits porteurs. La valeur boursière du titre est au plus bas, mais les requins de Wall Street refusent de vendre et exigent des pouvoirs publics qu'ils épongent indéfiniment les pertes sans intervenir dans la gestion. Bien entendu, la solution la plus simple consisterait à nationaliser purement et simplement HRE, comme cela a été fait en Angleterre et dans d'autres pays, mais le gouvernement allemand s'y refuse pour ne pas "violer les droits des actionnaires". En Allemagne, plus encore qu'ailleurs, les vautours ont tous les droits.

18 février 2009 : Nouvelle arnaque à la Madoff : le financier et milliardaire texan Allen Stanford vole 8 milliards de dollars à ses clients et peut lui aussi rester en liberté. Le FBI se contente de le localiser en Virginie sans l'arrêter - et ce, bien que le danger de fuite soit évident. Le siège de l'empire Stanford se trouve en effet à Antigua-et-Barbuda, un petit paradis fiscal des Antilles dont l'escroc est également citoyen. La fortune personnelle connue de Stanford se monte à trois fois le PIB annuel de cet Etat indépendant.

Washington : sur les 790 milliards de dollars prévus au plan de relance, 75 milliards seront utilisés, paraît-il, pour sauver neuf millions de familles en difficulté et empêcher qu'elles ne perdent leurs maisons. Avec 8.000 dollars en moyenne par famille, ce n'est pas de "sauvetage" qu'il faudrait parler, mais de sursis. On donne tout simplement de l'argent aux banques pour qu'elles acceptent un moratoire ; les dettes des familles menacées ne disparaissent pas pour autant.

19 février 2009 : Fin du secret bancaire suisse : l'UBS transmet aux autorités fiscales des Etats-Unis les données confidentielles de ses clients américains. Cette mesure approuvée par le gouvernement de Berne intervient sans aucune nécessité réelle et pour des raisons purement politiques.

24 février 2009 : L'assureur américain AIG, qui avait déjà reçu 150 milliards de dollars de fonds publics en 2008 (voir plus haut), a besoin de 60 milliards supplémentaires.

En Europe, comme au bon vieux temps, la grande menace vient de l'Est. Les banques ouest-européennes détiennent l'équivalent de 1.700 milliards de dollars de créances (1.350 milliards d'euros) que les pays "réformés" ne pourront sans doute pas rembourser.

26 février 2009 : La Royal Bank of Scotland (entre-temps "nationalisée") annonce des pertes de 24 milliards de livres (27 milliards d'euros). Qui plus est, la RBS détient encore pour 325 milliards de livres d'actifs toxiques. Le principal responsable de la catastrophe, l'ancien PDG Fred Goodwin a touché une indemnité de départ de 8 millions de £ assortie d'une pension annuelle à vie de 650.000 £ (= 60.000 € par mois). A 50 ans et après 9 ans passés à la RBS, Goodwin estime qu'il a bien mérité sa retraite.

27 février 2009 : Dans la zone euro, l'Irlande est le pays le plus touché par la crise économique. Des voix s'élèvent à Dublin pour réclamer l'abandon de la monnaie unique - détails. (Les Irlandais avaient dit non au référendum européen de juin 2008.)

5 mars 2009 : Nouvelle baisse des taux directeurs de la Banque d'Angleterre (à 0,5 %) et de la Banque centrale européenne (à 1,5 %).

17 mars 2009 : L'assureur américain AIG, bénéficiaire de 180 milliards de dollars de fonds publics, fait parler de lui après avoir accordé 180 millions de gratifications à ses dirigeants (soit 0,1 % des sommes dilapidées). Comme le fait remarquer Eliot Spitzer (voir plus haut), le vrai scandale n'est pas là : The real AIG scandal it's not the bonuses. It's that AIG's counterparties are getting paid back in full. Les véritables profiteurs sont les banques de Wall Street, en tête desquelles Goldman Sachs. Comme par hasard, le PDG de cette banque, Lloyd Blankfein, est coresponsable, avec Bernanke, Paulson et Geithner, du plan de "sauvetage" d'AIG.

19 mars 2009 : Après avoir épuisé toutes ses munitions en matière de politique des taux, la Fed annonce qu'elle va racheter aux banques pour 300 milliards de dollars de bons du Trésor et autres emprunts publics. Cette mesure, qui serait compréhensible si l'Etat disposait d'excédents lui permettant un amortissement anticipé de ses dettes, est inattendue dans le contexte actuel. Elle équivaut à transformer en monnaie disponible immédiatement ("planche à billets") des obligations d'Etat normalement payables à plus long terme. Le bilan de la Fed va s'en trouver démesurément gonflé dans les prochaines semaines.

Autre mesure de la banque centrale américaine : elle va racheter aux banques pour 750 milliards supplémentaires d'emprunts immobiliers dévalorisés. (Elle a déjà acquis précédemment pour 500 milliards de ces actifs toxiques.)

23 mars 2009 : Le Trésor américain (ministère des Finances) présente un nouveau plan d'un volume de 1.000 milliards de dollars, destiné à absorber les actifs dépréciés des banques. En y regardant de plus près, on s'aperçoit que le plan en question fait en grande partie double emploi avec les mesures annoncées par la Fed quatre jours plus tôt. Le Trésor va s'engager à hauteur de 100 milliards, tandis que le reste sera pris en charge par la banque centrale et par... des investisseurs privés. Autrement dit, le naufragé va se sauver de la noyade en se lançant une bouée de sauvetage. Espérons qu'il réussira à l'attraper.

En accumulant des initiatives plus confuses les unes que les autres, le gouvernement Obama (au service de Wall Street) veut donner l'impression qu'il fait quelque chose et que cela ne coûtera rien au contribuable. Le réveil risque d'être brutal...

2 avril 2009 : Baisse du taux directeur de la BCE à 1,25 %.

2 avril 2009 : Baisse du taux directeur de la BCE à 1,25 % (record historique).
A Londres, réunion-spectacle du G20*. Résultat : cadeau de mille milliards de dollars au FMI et à la Banque mondiale, "meilleure surveillance" des hedge funds et des agences de notation (poudre aux yeux), "nouvelles règles" sur les salaires et les bonus des dirigeants de la finance (diversion - les réunions style G20 coûtent au moins autant), offensive contre certains paradis fiscaux (boucs émissaires de la crise) et pour finir, assouplissement des règles comptables (permettra aux banques de faire comme si leurs actifs toxiques n'étaient pas dépréciés).
* Le Groupe des 20 comprend les pays suivants : USA, Canada, Mexique, Brésil, Argentine, Australie, Royaume-Uni, France, Allemagne, Italie, Russie, Turquie, Arabie saoudite, Inde, Chine, Japon, Corée du Sud, Indonésie, Afrique du Sud et Union européenne.
Ces sommets de plus en plus fréquents (G20, G7, G8, Davos, etc.) et de plus en plus chers (car soi-disant menacés par le "terrorisme international") ont pour seule fonction de rassurer l'opinion et de doper provisoirement la bourse. Les véritables décisions sont prises en cercle restreint, sans témoins et sans journalistes. Le moteur du "nouvel ordre mondial" salué par le premier ministre anglais Gordon Brown, c'est le "G2" dont personne ne parle (USA + mafia financière internationale).
On s'attaque à la Suisse, au Luxembourg et même à la Belgique, mais les vrais paradis (City de Londres, Jersey, Caraïbes, Delaware...) restent tabous.

6 avril 2009 : On apprend que le banquier Ezra Merkin (voir 27.12.2008) a reçu de l'escroc Madoff 470 millions de dollars de "commissions". Il servait de rabatteur dans l'arnaque du siècle. Merkin est propriétaire de trois hedge funds (Ascot, Gabriel et Ariel) et président de la synagogue de la 5ème Avenue, la plus riche des Etats-Unis.

17 avril 2009 : Depuis quelque temps, la bourse remonte, entraînée par les titres financiers. Pas étonnant, l'artifice comptable du G20, qui permet aux banques de réévaluer leurs actifs dépréciés en leur attribuant la valeur qu'ils avaient au départ, joue maintenant à fond. C'est un peu comme si un particulier ruiné avait la possibilité légale d'obtenir un crédit de sa banque en lui remettant en gage - au prix d'achat initial - des certificats Lehman à présent sans valeur. Dans ce cas précis, la chose serait pourtant défendable moralement, vu que les banques ont souvent agi de façon criminelle en vendant ces titres empoisonnés à des clients confiants et inexpérimentés. Malheureusement, les lois n'ont pas pour but de protéger les victimes de la crise, mais d'aider les responsables du pillage.
Autre aspect de cette complicité destinée à enrichir toujours plus les prédateurs : le "partenariat" public-privé décrété le 23 mars pour absorber les actifs dépréciés des banques, implique en fait que pour chaque million "investi" par le privé dans ce projet, l'Etat s'engage à hauteur de 925.000 dollars. Pour les "investisseurs", l'opération ne comporte un risque que si la perte réelle dépasse 92,5 %. Dans le cas contraire, ils empochent la totalité des profits. Dans ces conditions, il est évident que le "naufragé" n'a pas à s'inquiéter...

7 mai 2009 : Le taux de la BCE passe à 1 %.

29 mai 2009 : Les statisticiens-illusionnistes de la zone euro annoncent sans rire que l'inflation est tombée à 0,0 % en mai sur un an. Le taux réel, lui, n'est jamais publié ni même calculé. S'il a baissé un peu par rapport à 2008, il devrait encore se situer entre 5 et 10 %.

19 juin 2009 : Pour accréditer l'idée que le gros de la crise financière est surmonté, plusieurs grandes banques américaines remboursent une petite partie des fonds empruntés au Trésor. Il est question de 68 milliards de dollars en tout - ce qui représente à peine 1 % de l'aide totale. Pendant ce temps, les petites banques de province continuent de sauter les unes après les autres - déjà 40 depuis le début de l'année, 65 depuis le début de la crise.
L'économie réelle est frappée de plein fouet, et même des géants comme General Motors sont mis en faillite. Le chômage croît à vue d'œil.
L'administration Obama annonce une "réforme" financière qui constitue en fait une véritable capitulation devant Wall Street.
La Fed, principale responsable du désastre actuel, se verra accorder des pouvoirs accrus pour "contrôler" l'ensemble du système. Mais rien ne sera fait pour empêcher la fraude et les arnaques ; les requins resteront à l'abri de poursuites judiciaires émanant d'autorités locales. Rien non plus ne viendra limiter la création de "produits" financiers. Hudson : "L'économie a besoin d'un nouveau Franklin D. Roosevelt ; c'est le contraire qu'on lui donne. M. Obama avait promis le changement ; il défend le statu quo."

30 juin 2009 : L'escroc Madoff - voir plus haut - est condamné à 150 ans de prison. Si nos calculs sont exacts, il sortira de taule en 2159, à l'âge de 221 ans. Comme on n'a récupéré qu'un petit milliard de dollars sur les 65 disparus, les "vieux jours" de Madoff semblent assurés.
Plus sérieusement, il est probable que l'escroc ne finira pas sa vie en prison. Au plus tard dans quelques années, il sera relâché pour raisons de santé ou pour bonne conduite.
Toujours est-il que cette condamnation sévère a beaucoup surpris, car la justice américaine fait normalement preuve de mansuétude pour les criminels en col blanc. Il faut dire que Madoff avait franchi une ligne rouge, ne limitant pas ses arnaques à la clientèle habituelle, mais escroquant aussi de riches investisseurs. La justice américaine ne pouvait pas classer le dossier ; on imagine les pressions qu'elle a dû subir au cours des six derniers mois.
Le procès a néanmoins eu lieu à la va-vite, ne laissant à personne l'occasion de s'interroger sur les complicités des instances dites de contrôle. Madoff "au trou", c'est la "preuve" qu'il s'agit d'une bavure atypique et que le système lui-même fonctionne très bien.
Et pourtant, un autre Madoff - beaucoup plus modeste, il est vrai - vient de défrayer la chronique en Afrique du Sud. Barry Tannenbaum, a fait disparaître 15 milliards de rands (= 2 milliards de $US ou 1,4 milliard d'euros).

6 juillet 2009 : La presse financière annonce que la Bank of America vient de détrôner l'UBS à la tête des gestionnaires de fortune. Manœuvre réussie, pourrait-on dire. Une banque suisse qui accepte de trahir ses clients à la demande de Wall Street, ne mérite pas autre chose.

10 juillet 2009 : La Commerzbank allemande, qui vit aux crochets du contribuable depuis le 9 janvier 2009, se flatte de la place de choix qu'elle occupe dans la vente de dérivés financiers. Malgré la crise, le nombre de "produits" offerts sur les marchés n'a pas baissé, au contraire : on en dénombre aujourd'hui plus de 96.000 différents. L'argent public dont on a inondé le système bancaire jusqu'à présent ne sert pas à "faciliter le crédit aux entreprises", comme on le prétend, mais à alimenter une nouvelle bulle. Les banquiers n'ont toujours rien compris et reprochent même à leur clientèle "de réagir de manière extrêmement émotionnelle, sans se montrer sensible à aucun argument logique". Incroyable...

14 juillet 2009 : Aux USA, les grandes banques de Wall Street, à commencer par Goldman Sachs, annoncent de faramineux profits, plus élevés encore qu'avant la crise. Pas étonnant, avec tous les cadeaux reçus de l'Etat et tout cet argent qui coule à flot au taux de 0 %... Comme les taux débiteurs, eux, restent très élevés, il en résulte que le crédit n'a jamais été si lucratif pour les banques américaines. Mais la spéculation purement financière est plus lucrative encore. C'est pourquoi la bourse se porte bien - contrairement à l'économie réelle.

31 juillet 2009 : Les petites banques américaines de province sont toujours plus nombreuses à faire faillite. On en est maintenant à un total de 69 depuis le 1er janvier 2009, dont 29 rien qu'au cours des six dernières semaines (une par jour).
En Europe, le taux d'inflation officiel (imaginaire) tombe à -0,6 %.
Un texte très édifiant : Goldman Sachs - La grande machine à bulles - article de Matt Taibbi paru dans le magazine Rolling Stone et traduit par Jean Lasson pour Agoravox : "La puissance et le pouvoir sans précédent de la banque lui ont permis de transformer l'Amérique en une pompe à fric géante, manipulant pendant des années des secteurs économiques entiers, déplaçant ses pions quand tel ou tel marché s'effondre, et tout le temps se gorgeant de coûts cachés qui brisent des familles partout - prix du pétrole, taux des crédits à la consommation, fonds de pension à moitié mangés, licenciements massifs, futurs impôts pour rembourser les renflouages. Tout cet argent que vous perdez, il va quelque part et, au sens propre comme au figuré, il va à Goldman Sachs. Cette banque est une immense machine, hautement sophistiquée, pour convertir la richesse utile en la substance la moins utile, la plus gâchée qui soit - le pur profit d'individus déjà riches."
Goldman Sachs est la seule banque qui soit sortie enrichie de cinq bulles financières qu'elle a elle-même créées (soit seule, soit en compagnie d'autres escrocs) : la bulle de 1929, la bulle de l'Internet, la bulle de l'immobilier, la bulle du pétrole, la bulle du renflouement des banques. Et la prochaine sera une bulle de CO2 - vive le réchauffement financier...

1er septembre 2009 : Le gouvernement irlandais fait appel à Rothschild Investment Banking (!) pour "remettre en ordre" son système bancaire durement touché par la crise. Rothschild "conseille" déjà l'administration Obama en matière de restructuration de l'industrie automobile (General Motors).
Aux Etats-Unis, on a enregistré 20 nouvelles faillites bancaires au mois d'août (total depuis le 1er janvier : 89). Le fonds de garantie bancaire FDIC commence à manquer d'argent.

15 septembre 2009 : Un an après la faillite de Lehman Brothers, on ne fait toujours rien pour stopper les spéculateurs. Au contraire, on les encourage en permettant la création de nouveaux "produits" potentiellement toxiques : Wall Street veut titriser la mort - ou comment la finance va profiter de la "réforme" des soins de santé de Barack Obama.
"L'idée de nos petits génies de la finance, c'est d'acheter des 'life settlements', c'est-à-dire des polices d'assurance vie que les personnes âgées et malades seront bien contentes, en fonction de leur espérance de vie, de vendre pour une poignée de dollars afin de payer leurs soins médicaux. Par exemple, des polices d'une valeur d'un million de dollars pourraient se vendre pour 400.000 dollars. Ensuite, à l'image des valeureux 'subprimes', il s'agit de titriser ces polices en les regroupant en paquet de centaines ou de milliers. Les banques revendront alors ces titres à des investisseurs qui recevront l'usufruit des assurances vie quand les personnes mourront. La logique nous informe que la marge de profit augmente en fonction de l'abaissement de l'âge du décès du titulaire de l'assurance vie. On a tout intérêt à garantir que ce dernier ne vive pas plus longtemps qu'espéré, car l'investisseur verrait ses revenus baisser et perdrait même de l'argent. Pour Wall Street, c'est du gagnant-gagnant, car les banques encaisseraient une marge juteuse pour l'émission, puis la vente, et enfin l'échange des titres."
Voir aussi: La grippe H1N1 pourrait faire le bonheur de la titrisation des assurances vie
Le "sauvetage" de Fannie Mae et Freddie Mac, qui perdure depuis avril 2008 (voir plus haut 25.4.08, 11.7.08 et 8.9.08), a déjà coûté au contribuable américain plus de 1.000 milliards de dollars. Si l'on en croit le Washington Post, ce chiffre continue de grimper rapidement et pourrait atteindre 5.000 milliards, soit la quasi-totalité des prêts immobiliers couverts par les deux établissements.